LA RELATION PÈRE - FILLE

RAGES ET COLÈRES... EXPRIMÉES OU NON !

 

RAGES ET COLÈRES... EXPRIMÉES OU NON !

 

Lorsqu'un père, au cours de son existence, se laisse aller à des accès de colère ou de rage répétés et jamais évacués, il perturbe gravement l'éducation de sa fille dans la mesure où il est sensé lui apporter stabilité et confiance avec le monde qui l'entoure.

 

Pire encore ! Si cette colère est d'ordre pathologique, l'enfant va croire que si elle ressent, elle-même, de la colère, elle se retrouvera en face d'une forme de destruction, identique à celle de son père. Quelle horreur !

Il est donc compréhensible que, plus tard, elle aura tendance à refouler ce sentiment, à le nier, voire à le combattre. Car elle le confondra avec celui de la violence.

 

Mais parfois, c'est l'inverse. Le père, au sein de son ménage, est parvenu à refouler sa rage, soit en adoptant des attitudes passives ou frileuses, soit en se comportant de manière rigide et parfaitement contrôlée.

Dans un cas comme dans l'autre , la jeune fille qui aura dû subir la colère violente ou carrément niée de son géniteur, ne saura plus comment réagir face à ce sentiment, parfaitement légitime, qui parfois l'envahira. Comme elle ne saura qu'en faire, elle se dira que de toute façon, « ce » n'est ni bon pour elle ni pour son épanouissement.

 

En réagissant de la sorte, elle ne résout rien. Car, son inconscient va traduire sa colère légitime en symptômes physiques ou en pensées dépressives pouvant conduire à la paralysie des activités et de la créativité.

 

D'autres jeunes filles, sans doute animées par un tempérament plus feu, ne pourront pas résister à ce puissant sentiment. En le laissant éclater, elles risquent de malmener voire même de blesser tous ceux et toutes celles qui l'entourent. Le manque de contrôle devient dans ce cas problématique.

 

Bref, ces diverses accumulations de rage due à une relation difficile avec le père, entraîne souvent des crises aussi brutales qu' inconsciente avec les futurs partenaires qui seront critiqués, vilipendés, attaqués sans pitié, ôtant ainsi à l'amour toute possibilité de se développer.

 

 

ET LA MÈRE DANS TOUT CA ?

 

Il arrive que la mère soit responsable de la rage parfaitement contenue de sa fille. Dans ce cas, il est probable que le père ait dissimulé sa propre colère pour ne pas avoir à affronter celle d'une épouse au caractère bien trempé ou véritable tyran de toute la famille. Le père n'a donc jamais appris à sa fille à canaliser ses propres sentiments de colère... pourtant bien légitimes.

La jeune fille va alors rechercher des figures maternelles de substitut en dehors de son cercle familial, en se montrant souple, accommodante et responsable. Mais sous ces dehors avenants, elle dissimule une grande peur : celle de ressembler un jour à sa mère. Son risque est de grandir en manquant de profondeur ou en vivant dans une sorte de monde basé sur l'indifférence ou l'irréalisme.

 

QUE GAGNE-T-ON A DISSIMULER SA COLÈRE ?

 

On peut dissimuler sa colère de diverses manières.

Par l'ivresse, par exemple, parce que l'alcool annihile notre partie consciente. Par certains cas de boulimie, qui est souvent un moyen déguisé de « s'imposer lourdement aux autres ». (La colère n'est-elle pas toujours enfouie à l'intérieur du corps et/ou de l'esprit ?)

 

Maux de tête, de dos, ulcères, colite, problèmes stomacaux disparaissent parfois comme par miracle, lorsque la colère est enfin librement acceptée et exprimée normalement.

Maladies ou faiblesses physiques cachent souvent une énergie réprimée. La dépression, qui semble dévorer toute forme d'énergie semble également être un excellent subterfuge au sentiment de colère.

Certaines jeunes femmes se servent de leur pouvoir de séduction pour dissimuler leur rage ou pour l'atténuer. Mais en procédant de la sorte, elles se sentent dupées et coupées d'elles-mêmes. Car, elles abandonnent leur énergie aux autres et finissent par se sentir affaiblies et privées de défense.

 

Un autre moyen fréquemment utilisé consiste à évacuer sa colère par le biais d'une attitude intellectuelle du genre « Je sais tout » qui intimide l'entourage. Ou par des critiques acerbes qui ne sont en fait que des prétextes, mais qui laissent néanmoins celui qui en est victime totalement désarmé.

 

Effronterie, suffisance et attitudes arrogantes du style : « On m'accepte comme je suis, un point c'est tout ! », dissimule également la peur de dévoiler sa vulnérabilité.

 

 

 

COLÈRES ET RAGES SONT SOUVENT LIBÉRATRICES

 

Sans mode de contrôle de ses légitimes pulsions de colère et de rage, la femme, en règle générale, ne peut que manquer de confiance en elle, douter de sa valeur et plus tard, éprouver des difficultés à s'affirmer au sein de son couple ou dans le cadre de ses activités professionnelles. Il est donc impératif qu'elle prenne conscience du bien fondé de ce type de pulsions qu'elle a toujours craint.

 

La femme doit accepter de s'imposer des limites de manière à ce qu'elle se sente autorisée à en imposer aux autres. Qu'elle puisse se dire : « Non, je ne suis pas d'accord »  Le problème est que pour établir ces limites, il faut d'abord s'accorder de la valeur.

 

Correctement gérée, la rage peut libérer et se révéler porteuse d'une puissante énergie. Elle peut alors devenir une force vitale.

Au même titre que le dieu des enfers Pluton, la déesse hindoue Kali symbolise la force de création et de destruction. Leurs colères peuvent être destructrices, mais également formidablement créatrices car capables de transformer ce qui doit l'être.

 

Leur rage respective peut aussi amener à la spiritualité. Le "pauvre" Job, ne s'est-il pas mis en colère contre Dieu et contre les forces tragiques du destin lorsqu'il a voulu élever sa conscience à un niveau supérieur ?

 

Jung va plus loin encore lorsqu'il écrit qu'en donnant libre cours, après des années de souffrances et d'humiliations, à sa fureur contre l'injustice divine, Job a non seulement élevé la conscience de toute l'humanité mais également celle de Dieu.

Il est un fait que la rage portée à un tel paroxysme a le mérite d'autant reconnaître sa vulnérabilité que sa force, sa faiblesse que sa puissance. En s'unissant, ces forces antagonistes permettent l'accès à un niveau conscience plus élevé.

 

Comment transformer cette rage en énergie créatrice ?

En deux paliers :

- D'abord travailler à laisser s'exprimer toute nos colères contenues depuis si longtemps. Sans en avoir peur. Sans craindre d'en pâtir. Sans craindre les réactions des autres. Au contraire !

- Ensuite transformer la formidable puissance qu'elle renferme et la libérer en énergie créatrice.

 

Sur le plan culturel, les femmes d'aujourd'hui ont intérêt à libérer leur colère

Les femmes du XXI° siècle doivent, plus que jamais, se montrer aptes à 'exprimer leurs saines colères dans leur vie privée, mais également sur les plans professionnels et culturels.

Projections et préjugés culturels ( je ne suis qu'une fille !) doivent être mis à mal. Les filles ont le droit de se mettre en colère comme les garçons. Cela leur permettra de ne plus être considérées comme des êtres fragiles et sans défense.

En apprenant à se situer par rapport à leur colère, les femmes peuvent également atteindre un niveau de conscience plus élevé et ainsi réaliser que cette rage culturelle non résolue à ce jour dans le Monde, conduit toujours aux excès, aux guerres et aux persécutions.

 

(Texte librement inspiré de l'ouvrage de Linda Schierse Leonard : La fille de son père - Ed Le Jour)